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Usufruit

Meryem Chiouar
24.04.2026
7 min

Qu'est-ce que l'usufruit?

L'essentiel sur l'usufruit

  • L’usufruit est un droit permettant d’utiliser un bien et d’en percevoir les revenus sans en être propriétaire.
  • La propriété est alors divisée entre usufruitier et nu-propriétaire.
  • Ce mécanisme est très utilisé en succession, transmission de patrimoine et planification fiscale.

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Qu'est-ce que l'usufruit?

L'usufruit est un droit réel limité, défini à l'article 745 du Code civil suisse, qui confère à son titulaire la jouissance complète d'un bien appartenant à autrui. Le mot vient du latin usus (le droit d'utiliser) et fructus (le droit d'en percevoir les fruits). Concrètement, l'usufruitier peut habiter le bien immobilier ou le louer pour en percevoir les loyers, sans pour autant en être propriétaire.

L'usufruit est qualifié de servitude personnelle : il est attaché à une personne et non à un fonds dominant. Il s'éteint au décès de l'usufruitier ou à la date convenue dans l'acte constitutif.

Comment naît un usufruit en Suisse?

Un usufruit peut être constitué de trois manières :

  • Par contrat entre vifs (donation, vente avec réserve d'usufruit), formalisé par acte notarié.
  • Par disposition pour cause de mort (testament ou pacte successoral).
  • Par la loi (notamment dans le régime matrimonial, art. 473 CC).

Pour qu'un usufruit immobilier soit opposable aux tiers, il doit être inscrit au registre foncier sous forme de servitude personnelle. Cette inscription protège l'usufruitier même en cas de revente du bien par le nu-propriétaire.

Origine de l'usufruit: ce mécanisme remonte au droit romain et figure dans le Code civil suisse depuis son entrée en vigueur en 1912. Il a été modernisé lors de la révision du droit successoral entrée en vigueur le 1er janvier 2023.

Usufruit et nue-propriété: comment fonctionne le démembrement?

L'usufruit repose sur un mécanisme appelé démembrement de propriété. La pleine propriété est divisée en deux droits distincts qui peuvent appartenir à des personnes différentes :

UsufruitierNu-propriétaire
DroitJouissance du bien (habitation, location, perception des loyers)Propriété juridique du bien
Inscription au registre foncierServitude personnelleTitre de propriété
Possibilité de vendre le bienNon, sans l'accord du nu-propriétaireOui, mais grevé de l'usufruit
Charge des frais d'entretien courantOuiNon
Charge des grosses réparationsNonOui
Imposition sur la fortune et le revenuOui (sur la valeur du bien et les revenus locatifs)Non en principe
Fin du droitDécès de l'usufruitier ou terme convenuReconstitution automatique de la pleine propriété

Au décès de l'usufruitier, les enfants nus-propriétaires ou autres héritiers récupèrent la pleine propriété sans formalité successorale supplémentaire et sans nouveaux droits de succession sur la valeur de l'usufruit éteint.

Exemple concret d'usufruit immobilier

Un parent souhaite transmettre sa maison à ses enfants tout en continuant à y vivre. Il leur cède la nue-propriété par donation ou par testament et conserve l'usufruit sa vie durant. Il continue à habiter le logement, peut le louer s'il déménage en EMS, et reste tenu d'assurer son entretien courant. À son décès, l'usufruit s'éteint automatiquement et les enfants nus-propriétaires deviennent pleins propriétaires sans payer de droits de succession sur l'usufruit.

Droits et obligations de l'usufruitier

L'usufruitier dispose de droits étendus sur le bien, mais il assume également plusieurs obligations qui visent à préserver la valeur du patrimoine pour le nu-propriétaire.

Les droits de l'usufruitier

  • Habiter le bien immobilier ou le mettre à disposition de sa famille proche.
  • Louer le bien à un tiers et percevoir les loyers (les "fruits civils").
  • Percevoir les revenus liés au bien (intérêts pour un compte bancaire en usufruit, dividendes pour des titres, etc.).
  • Transmettre son droit d'usufruit, dans certaines limites prévues par l'acte constitutif.

Les obligations de l'usufruitier

  • Entretenir le bien : prendre en charge l'entretien courant, les charges ordinaires, les primes d'assurance bâtiment.
  • Payer les impôts : impôt sur le revenu (sur la valeur locative ou les loyers perçus), impôt sur la fortune (sur la valeur du bien) et impôt foncier.
  • Préserver la substance du bien : ne pas modifier structurellement le bien sans l'accord du nu-propriétaire, ne pas l'hypothéquer, ne pas le vendre.
  • Restituer le bien dans son état initial (hormis l'usure normale) à la fin de l'usufruit.

Bon à savoir: l'usufruitier ne peut pas vendre seul le bien immobilier. Toute vente nécessite l'accord du nu-propriétaire, et inversement. C'est l'une des principales contraintes du démembrement de propriété.

Usufruit, droit d'habitation Suisse et viager: quelles différences?

Trois mécanismes permettent en Suisse de jouir d'un bien immobilier sans en être pleinement propriétaire. Les confondre est une erreur fréquente, alors que leurs effets juridiques et fiscaux diffèrent fortement.

CritèreUsufruitDroit d'habitation SuisseViager
Base légaleArt. 745 et suivants CCArt. 776 et suivants CCPas de cadre légal spécifique, contrat sui generis
Possibilité d'habiterOuiOuiOui (viager occupé)
Possibilité de louerOuiNon, usage strictement personnelSelon contrat
Transfert de propriétéNon, démembrementNon, droit personnelOui, à la signature
Contrepartie financièreAucune (souvent gratuit, succession)AucuneBouquet + rente viagère
Fin du droitDécès ou terme convenuDécès, départ définitif, EMS permanentDécès du crédirentier
Inscription au registre foncierServitude personnelleServitude personnelleMutation de propriété
Charges et impôtsÀ l'usufruitierAu bénéficiaireÀ l'acheteur (débirentier)

Le droit d'habitation est plus restrictif que l'usufruit : il ne permet que l'occupation personnelle du logement par le bénéficiaire et sa famille, sans possibilité de location. Il peut être un bon compromis dans les familles recomposées, lorsque l'on souhaite protéger un conjoint sans déposséder définitivement les enfants d'un premier lit.

L'usufruit en faveur du conjoint survivant (art. 473 CC)

L'usufruit du conjoint survivant est l'une des applications les plus fréquentes en Suisse. Selon l'article 473 du Code civil suisse, le défunt peut, par testament ou pacte successoral, attribuer à son conjoint survivant l'usufruit de toute la part successorale dévolue à leurs enfants communs.

Ce que prévoit le nouveau droit successoral depuis 2023

Depuis la révision entrée en vigueur le 1er janvier 2023, l'art. 473 CC a été assoupli. Le testateur peut désormais attribuer à son conjoint :

  • L'usufruit sur l'intégralité de la part dévolue aux enfants communs (soit la moitié de la succession après l'application de la quotité disponible).
  • En plus, la pleine propriété de la quotité disponible, désormais portée à la moitié de la succession.

Concrètement, le conjoint survivant peut hériter de la moitié de la succession en pleine propriété et de l'usufruit sur l'autre moitié, ce qui lui assure le maintien du cadre de vie familial après le décès de son époux.

Exemple chiffré : succession de 600 000 CHF avec deux enfants communs

Un couple a deux enfants communs et le mari décède en laissant une succession de 600 000 CHF :

  • Conjoint survivant : 300 000 CHF en pleine propriété + usufruit sur les 300 000 CHF restants.
  • Enfants communs : nue-propriété de 300 000 CHF, à se partager en parts égales.
  • Au décès du conjoint survivant : les enfants récupèrent la pleine propriété des 300 000 CHF sans payer de droits de succession sur l'usufruit éteint.

Limite importante : l'art. 473 CC ne s'applique qu'aux enfants communs. Pour les enfants nés d'un premier mariage ou hors mariage, leur réserve héréditaire reste protégée et ils peuvent intenter une action en réduction. En cas de remariage du conjoint survivant, l'usufruit cesse de produire ses effets contre les enfants communs.

Comment calculer la valeur de l'usufruit?

La valeur capitalisée de l'usufruit dépend principalement de l'âge de l'usufruitier et de la valeur vénale du bien. Le principe est simple: plus l'usufruitier est jeune, plus la valeur de l'usufruit est élevée, car la durée probable de jouissance est longue.

Méthode de calcul utilisée en Suisse

Le calcul s'effectue généralement selon les tables de mortalité Stauffer/Schaetzle, qui fournissent un coefficient en fonction de l'âge et du sexe de l'usufruitier. La formule est :

Valeur de l'usufruit = Valeur vénale du bien × Coefficient Stauffer

À titre indicatif :

  • Usufruitier de 50 ans : coefficient ≈ 65 % (usufruit représente environ 65 % de la valeur du bien)
  • Usufruitier de 65 ans : coefficient ≈ 50 %
  • Usufruitier de 75 ans : coefficient ≈ 35 %
  • Usufruitier de 85 ans : coefficient ≈ 20 %

La valeur de la nue-propriété correspond donc à : Valeur vénale − Valeur de l'usufruit.

À noter: ces barèmes peuvent varier selon les cantons et selon le contexte (usufruit fiscal, usufruit successoral, donation). Pour un calcul exact, il est recommandé de consulter un notaire ou un fiduciaire.

Quels sont les inconvénients de l'usufruit?

Si l'usufruit est un instrument flexible de planification successorale, il comporte aussi plusieurs limites qu'il convient de connaître avant de le constituer.

  • Blocage de la vente : ni l'usufruitier ni le nu-propriétaire ne peut vendre seul le bien. Toute opération nécessite un accord conjoint, ce qui peut générer des conflits.
  • Charges fiscales pour l'usufruitier : il continue à payer l'impôt sur le revenu (valeur locative ou loyers), l'impôt sur la fortune et l'impôt foncier, alors qu'il n'est pas propriétaire.
  • Difficulté de financement : un bien grevé d'usufruit est plus difficile à hypothéquer ou à utiliser comme garantie auprès d'une banque.
  • Conflits familiaux : en cas de désaccord entre l'usufruitier et les enfants nus-propriétaires (entretien, travaux, vente), les blocages peuvent durer des années.
  • Lésion potentielle de la réserve héréditaire : si l'usufruit dépasse la quotité disponible et qu'il y a des enfants non communs, ces derniers peuvent intenter une action en réduction.
  • Complexité fiscale : la déclaration d'impôts doit être bien tenue par les deux parties. Les barèmes varient d'un canton à l'autre.

FAQ

Qu'est-ce que l'usufruit en termes simples?

L'usufruit est le droit d'utiliser un bien qui appartient à quelqu'un d'autre et d'en percevoir les revenus, comme les loyers d'un immeuble ou les intérêts d'un compte. La personne qui en bénéficie s'appelle l'usufruitière ou l'usufruitier. Elle peut habiter le bien, le louer et en percevoir les loyers, mais elle ne peut pas le vendre ni en altérer la substance, car elle n'en est pas la propriétaire.

L'usufruit entre-t-il dans la succession?

Non, à l'extinction de l'usufruit (généralement au décès de l'usufruitier), le droit s'éteint automatiquement et la pleine propriété revient au nu-propriétaire sans droits de succession sur la valeur de l'usufruit éteint. C'est l'un des grands avantages fiscaux du démembrement de propriété : il permet de transmettre le bien aux héritiers sans imposer une seconde succession sur la jouissance.

Pourquoi donner l'usufruit à ses enfants?

Donner la nue-propriété à ses enfants tout en conservant l'usufruit est une stratégie très courante en Suisse pour anticiper la transmission du patrimoine. Les avantages sont multiples : continuer à habiter ou à louer le bien jusqu'au décès, réduire la base imposable à l'impôt sur la fortune (les enfants déclarent une nue-propriété de moindre valeur), éviter une succession lourde au décès, et figer la valeur du bien au moment de la donation.

Quels sont les inconvénients de l'usufruit ?

Les principaux inconvénients de l'usufruit sont l'impossibilité pour l'usufruitier de vendre seul le bien, le maintien à sa charge des impôts et de l'entretien courant, la complexité de la gestion en cas de désaccord avec le nu-propriétaire, et le risque de blocage si le bien doit être hypothéqué ou financé. Pour les familles recomposées, l'usufruit du conjoint survivant peut aussi léser la réserve héréditaire des enfants non communs.

Meryem Chiouar
Forte de ses 9 années d'expérience en écriture, Meryem s'est spécialisée depuis 4 ans dans le conseil immobilier. Elle se concentre particulièrement sur les publications liées aux évolutions du marché immobilier en Suisse, ainsi qu'aux questions de financement, d'acquisition et de vente de biens immobiliers. Son expertise en immobilier lui permet de partager des informations précieuses pour aider les gens à prendre des décisions éclairées dans ce domaine.